Ah, ah, Famille nombreuse…

 

Louis STEFANI avait un rêve : gagner une grande compétition de football avec une équipe qu'il aurait lui-même créée. Bien sûr, certains jeux vidéos permettent ça très facilement, mais le père est allé vraiment plus loin dans l'expérience. Avec l'aide non négligeable de Denise, sa femme, ma mère, il a patiemment- 15 ans de boulot quand même - conçu une équipe, ligne par ligne, poste par poste, des gauchers en veux-tu des droitiers en voilà. Les enfants comme un moyen de gagner, et non comme une fin en soi, c'est tous les parents ça. Oh bien sûr tout ne s'est pas toujours passé comme prévu : quelle déception par exemple de voir sortir une fille, Juliette, après le formidable 100% réalisé avec les quatre premiers bébés mâles, alors que tout le monde attendait un gardien de but du genre viril. Les parents l'ont quand même gardée, ainsi que Camille, qui fut le dernier essai pour avoir un éventuel remplaçant. Dans la plupart des cas la tactique employée fut la même : entrée au réputé centre de préformation d'Orbec, puis passage au reconnu centre de formation de Lisieux et enfin la consécration dans l'inénarrable équipe Ingesoft du Président de club Bruno STEFANI.

29 ans après le début de ce premier laboratoire footballistique, le père-président de l'équipe a décidé qu'il était temps de passer à la phase de concrétisation et de se confronter aux autres, donc tous ceux qui ne sont pas estampillés " Louis STEFANI ". N'ayant pu participer à la Ligue des Champions - on s'est inscrit trop tard - on s'est rabattu sur la deuxième compétition la plus prestigieuse de l'année, le tournoi de Montreuil L'Argilée, dans le 27.

Dimanche 26 juin 2005, 09h00 : c'est en silence, après un petit déjeuner préparé par notre nutritionniste de mère et en file indienne du plus petit au plus grand -donc Hubert au début -que nous entrons dans le stade. Voici la composition de notre équipe au doux nom de la Guinée, " Les Maraboubadiop " :

1 - Attaquant

Charles STEFANI, dit " El loco ", en référence au bruit de locomotive qu'il fait avec sa bouche quand il court. Pas gauche et Droitier, 25 ans, créateur d'une feinte devant le gardien, en entamant un pas de Jerk juste avant de tirer. Imparable.

2 - Milieux

Thomas STEFANI, dit " l'homme qui valait trois milliards", rapport au fric qu'on pourrait se faire s'il passait professionnel. Gaucher ou droitier, comme ça l'arrange, 15 ans, c'est LE grand espoir de la famille. Apparemment peu intéressé par les études, il est également un petit phénomène au football, donc tout pour réussir.

Pascal STEFANI, dit " Bouba ", non pour sa passion pour le petit ourson de Chantal Goya mais parce qu'il revient de Guinée Conakry, d'où il a ramené des maillots beaux et pas chers. Intérieur du gaucher, 27 ans, meilleur buteur de l'Ingesoft Club United 2004-2005, et ça, ça ne veut pas rien dire, ou presque.

2 - Défenseurs

Hubert STEFANI, dit " Le sanibroyeur ", pour avoir un jour cassé la jambe du cousin Philippe sur la pelouse d'Herponcey. Tacleur des deux pieds, 29 ans, il est l'aîné. Très doux dans la vie - la preuve il se marie l'année prochaine - Hubert se métamorphose sur un terrain, tel Manimal, en buffle et travaille dans l'ombre de la poussière qu'il fait quand il court.

Marc STEFANI, dit " Pas d'bol ", parce qu'il en a pas toujours et là il est venu au tournoi avec un ongle incarné au pied gauche et, pas d'bol, il est gaucher. 23 ans, teigneux comme une sangsue, il ne supporte pas l'injustice, et quand on l'énerve, ça l'énerve et il défend encore mieux : et ça c'est son oncle incarné (désolé, mais on lui a tellement faite celle là…).

1 - Gardien de but

Pierre ALIX, dit " qu'est-ce tu fous là ? ", parce qu'il ne s'appelle pas STEFANI, et pire encore, n'est pas le fils de Louis. Vous croyez qu'on s'en est pas rendus compte ? C'est l'occasion de présenter le copain de Juliette, qui s'est rattrapée d'être une fille en proposant son jules comme dernier rempart de la famille. Il joue très gros sur ce tournoi et n'a pas intérêt à se louper.

2 - Remplaçants

Juliette STEFANI, dit " STEFANI la fille ", insulte qu'on a longtemps entendue à l'école et qui, pour Juliette, n'est pas dégradante. Droitière des mains, 21 ans, Juju a été traitée comme un garçon jusqu'à ce que les parents admettent qu'elle ne pourrait pas le devenir, même en jouant au foot en club. Elle représente la part de féminité de notre équipe, avec ses choix parfois déroutants pour les adversaires, et aussi pour nous.

Louis STEFANI, dit " Papa " parce qu'avant d'être l'incroyable joueur qu'il est, il est notre père et on sait tous que l'on ne doit pas notre technique à notre mère. Ambidextre, d'âge mur,

Louis est un jeune homme élancé, très mobile, aux feintes déroutantes pour le ballon lui-même. A chaque fois qu'il franchit le milieu de terrain c'est une occasion de but. De plus, il possède une vue à 180 degrés qui le rend inattaquable. Certains adversaires qui le connaissent préfèrent parfois demander le forfait plutôt que de jouer le match. Pour tout cela, nous avons préféré le mettre remplaçant.

2 - Dirigeants

Denise STEFANI, dit " Maman " parce qu'elle a largement participé à la création de l'équipe, et Camille STEFANI, dit " Pompom fille ", la petite dernière qui aurait été sur le terrain si elle avait été un garçon.

Premier tour : 10h00, c'est parti, premier match contre les " rastaroupettes ", une équipe à ne pas prendre à la légère. Charles imite le train et forcément ça surprend tout le monde la première fois et les adversaires s'arrêtent de jouer en se disant que pourtant y a pas de gare près du stade : 1-0. En fin de match, premier but du très certainement futur meilleur buteur du tournoi, Louis STEFANI. Tous les spectateurs lui demandent s'il joue encore en Equipe de France.

Le calendrier des matchs est totalement surchargé, nous jouons en effet à l'inénarrable rythme d'un match de 8 minutes toutes les deux heures. On s'étonne après qu'il y ait du dopage à la buvette. Nous terminons le premier tour en tête du groupe, mais un incident grave s'est tout de même produit. Un geste, ou plutôt l'absence de geste, a ruiné presque tous les espoirs de notre gardien " venu d'ailleurs " de continuer à voir Juliette : le malheureux a pris un but sur un cafouillage. On a dit à tout le monde qu'on ne le connaissait pas.

 

Petit huitième de finale contre des gentils gars qui nous laissent leur en planter quatre gratis et qui confirme une fois pour toutes que Thomas n'est plus le petit gamin qu'on tenait pas les pieds en le chatouillant : c'est maintenant un homme, et ses épaules ne sont plus au niveau des genoux des adversaires. Brave petit. A noter un autre but - presque sur un retourné du milieu du terrain - de Louis. Des agents le poursuivent pour lui faire signer le meilleur contrat. Il peut même plus se commander une barquette de frites peinard.

Quart de finale tranquille comme un week-end en Sologne, ça tirait de partout. On a souffert jusqu'aux penaltys, mais le petit Thomas, qui ne l'est plus comme nous l'avons déjà dit, a bien retenu sa respiration avant de tirer le sien pour nous envoyer à l'avant dernier ciel, le final four, le péage à finale : la demi-finale.

 Demi-finale : nos adversaires nous l'ont dit honnêtement, ils ont moins picolé que l'année dernière. Mais peut-être plus que l'année prochaine, car on a senti une sensation de souffle court dans leur respiration saccadée. 2-0, on s'est fait plaisir, on était comme des frères sur le terrain. Non, le fait du match n'est pas venu du terrain. Nous avons tous été (très) choqués par un événement qu'on aurait pas pensé imaginable même au cours d'un pire cauchemar du à la Malaria : imaginez, Hubert s'est barré du tournoi, a quitté le terrain en pleine demi-finale pour aller - rien que d'en parler ça me glace - rejoindre en train sa future femme qui chantait à Paris. D'accord c'était un concert important pour elle, mais on s'est inquiétés pour lui. On s'inquiète toujours d'ailleurs.

Finale : la pilule Hubert étant avalée, il fallait nous rendre à l'évidence, on était arrivés en Finale d'un tournoi majeur intercontinental. Papa était en passe de réussir son pari. Nous avons chanté l'hymne Corse puis remonté nos chaussettes pour avaler tout cru les futurs deuxièmes du tournoi : et 1, et 2 et 3-0, on l'a joué tout en symbole. Tout le plaisir a été pour nous, intérieur - les larmes ne nous sont même pas venues. Nous avons reçu nos deux prix : un qui ne bouge pas, une coupe, et un autre qui bouge, qui se lave jamais et qui fait du bruit : un cochon. Mais, à force de rester entre hommes, on avait oublié que c'était une femme qui commandait à la maison : Maman est claire là-dessus, pas de chien ni de cochon à la maison !! On l'a filé à une autre équipe, ce qui n'a pas plu au cochon qui s'est mis à hurler tout groin dehors. Je crois qu'il voulait rester avec nous.

Rentrés sur notre petit nuage familial, on a ouvert le champagne qu'on a bu dans la coupe, on s'est servi du jambon en hommage au cochon, et on s'est dit que c'était vraiment bien de l'avoir fait parce que ce serait pas facile de le refaire. Parce que finalement le plus dur c'est pas tant de gagner, mais de se retrouver tous les 7 au même endroit et à la même heure. J'en connais d'autres qui n'auraient aucun mal à se retrouver, mais pour qui le plus dur serait de gagner.

On en sait quelque chose,


on joue avec eux tous les samedis matin.
On a même la preuve en Photo

C'est encore un texte de Pascal STEFANI

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